perso, y a des trucs qui m'échappent sur cette planète !!Malaise à Günsberg, où un habitant sur cinq vote néonazi
EXTREMISME. Village soleurois situé dans un cadre idyllique, Günsberg a élu ce week-end un candidat ouvertement national-socialiste à l'exécutif communal. Enquête.
Sylvain Besson
Mercredi 27 avril 2005
«Il y a beaucoup de nazis par ici.» Chaussé de sandales en plastique, l'homme qui émet ce jugement sait de quoi il parle. Il est Africain et vit depuis quatre mois à Günsberg (SO), dans une ferme qui sert de dortoir à un petit groupe de demandeurs d'asile. Souvent, il voit passer des jeunes gens aux crânes rasés et aux vestes noires. «Ils vivent dans le quartier, ils fument parfois des cigarettes juste à côté de chez nous», raconte-t-il. Cette coexistence malaisée entre réfugiés et sympathisants de la droite radicale explique en partie l'issue des élections à Günsberg, devenue dimanche la seule commune suisse à compter un national-socialiste dans son exécutif.
Le président du Conseil communal, l'avocat Andreas Eng, qualifie les résultats du scrutin de «catastrophiques». Plus de 20% de ses concitoyens ont voté pour le candidat du Parti des Suisses nationalistes (PSN), un cantonnier de 19 ans qui vit chez ses parents et se nomme Dominic Bannholzer. Le choc est d'autant plus grand que Günsberg est un village prospère, situé dans une campagne idyllique d'où l'on jouit d'une vue magnifique sur les Alpes. Ses mille habitants aiment l'ordre, la propreté et ne se plaignent d'aucun problème grave: il n'y a ici ni chômage ni criminalité dignes de ce nom.
Günsberg et ses environs immédiats abritent une vingtaine d'Africains répartis dans deux centres de demandeurs d'asile: la ferme, en bordure du village, et une installation plus vaste sur le Balmberg, promontoire rocheux qui domine la commune. Le bus postal qui y monte est devenu le point focal du conflit larvé entre Africains et indigènes aux cheveux ras. Ces dernières années, quelques accrochages se sont produits entre un chauffeur ouvertement raciste et certains réfugiés. Des requérants ont aussi vendu de la drogue dans le véhicule, qui transporte chaque jour les élèves du village vers les écoles de la région. Les responsables du centre sont au courant de cette situation: «C'est vrai qu'il y a du trafic de drogue, explique l'un d'eux sous le couvert de l'anonymat. Mais ce sont nos lois qui ont créé cette situation: les requérants d'asile n'ont pas le droit de travailler et la punition pour le trafic – une nuit en prison – n'est pas dissuasive.»
Au village, les partisans de Dominic Bannholzer et du PSN se recrutent d'abord chez les adolescents qui prennent le bus postal. Ils connaissent le nouvel élu municipal pour l'avoir fréquenté à l'école, dans la société de tir ou celle de gymnastique. Interrogés à l'arrêt du bus, deux garçons de 14 et 16 ans, dont l'un porte les chaussures à lacets blancs typiques des skinheads, se disent ravis de l'élection: le Conseil municipal n'a jamais rien fait pour la jeunesse, selon eux. Et puis, il y a les Africains. Certes, ils n'ont jamais frappé ou menacé personne, mais ils vendent de la drogue et auraient fait des avances à leurs camarades de classe encore mineures. «La police est passive, les Africains font ce qu'ils veulent ici, estiment les deux garçons. Il faut balayer tout ça.»
«Balayer» (aufraümen): c'est justement l'un des mots d'ordre du PSN, parti créé en l'an 2000 par deux anciens skinheads. Le plateau qui s'étend au pied de Günsberg est son territoire de prédilection: on y compte de nombreux groupes «identitaires», qui se heurtent épisodiquement à l'extrême gauche antifasciste. En 2003, un candidat du PSN a obtenu 3000 voix lors d'une élection en Argovie; à l'automne dernier, un membre du parti a été élu au parlement municipal de Langenthal (BE). Le PSN demande un «espace vital pour chaque race», s'oppose aux mariages mixtes qui produisent selon lui «des bâtards et des sang-mêlé», veut bâtir une société où «l'individu n'est rien, la communauté est tout». A Günsberg, il a exploité l'absence de candidats de l'UDC pour faire campagne sur le thème des criminels étrangers, avec succès. La distribution dans les boîtes aux lettres d'un tract anonyme appelant les habitants à ne donner «aucune chance au fascisme» n'a pas eu beaucoup d'effet.
Les mutations économiques survenues ces dernières années ont aussi contribué au résultat du PSN. Autrefois village paysan, Günsberg se transforme peu à peu en zone résidentielle pour cadres qui travaillent à Zurich, Bâle ou Berne. La faillite de la fromagerie témoigne du déclassement social subi par certains enfants du pays, qui nourrit un sourd ressentiment. D'autres habitants, en revanche, sont horrifiés par l'émergence de l'extrême droite. «Il faut faire quelque chose, mais on ne sait pas encore quoi», explique Myrtha Seidt, retraitée et fille d'un syndicaliste horloger. Son mari, un Allemand naturalisé qui a vécu petit la fin de la Seconde Guerre mondiale, se montre fataliste: «Que peut-on faire? La bêtise humaine, c'est ce qu'il y a de pire.»
et vous, c'est quoi votre avis là dessus....???




